U sdighjunu



(Cliccà per ingrandà)

/zdi'djunu/ = /zdi'ɟunu/

Phonétique simplifiée : [ou zdi-dyou-nou] 


Sdighjunu = sdiunu


Italiano : colazione o prima colazione.




📸 Fiura uriginale : Pixabay.

7 commentaires:

Antoine Toma a dit…

J'ai un problème avec ce mot!
En français c'est clair : jeûne vient du latin jejunus, d'où l'accent circonflexe sur le û. Et donc lorsqu'on sort du jeune, on dé- jeune, d'où le mot déjeuner.
Mais je ne comprends pas pourquoi jejunus a donné digiuno en italien et donc dighjunu en corse.
Par contre une fois établi ce mot en italien, et en corse (dighjunu : jeûne; à jeun), c'est normal que le corse utilise le préfixe privatif "s-" pour rompre le jeûne et donner sdighjunu : petit déjeuner (alors que l'italien a choisi colazione !).
Vi ringraziu pè u vostru aiutu !

aCiaccera a dit…

Bonjour,

En effet, déjeûner et digiunare semblent signifier la même chose pour un francophone...

Je ne suis pas experte en linguistique mais en cherchant j'ai trouvé une entrée d'un dictionnaire étymologique italien (en lien plus bas) qui, pour "digiunare", semble expliquer que le JE- serait une duplication et que le J devient parfois D. Donc Je-junator (o ie-iunator) = giunare = di-giunare. Si je comprends bien...

Voici le lien : http://www.etimo.it/?term=digiunare&find=Cerca .

Est-ce que cela peut un peu éclaircir l'affaire ?

Si oui, il n'en reste pas moins que cela semble très "étrange" de voir "digiunare" o "dighjunu" signifier "jeûner" alors que nous sommes habitués à ce que "déjeûner" signifie "rompre le jeûne"...

N'hésitez pas à me dire ce que vous pensez de cette proposition d'explication...

Merci de votre intérêt pour mon blog et à bientôt !

stéphanie.

aCiaccera a dit…

Il me vient à l'esprit, pour cette histoire de J qui devient D, le cas de jour qui donne diurne en français (via le latin dies/diurnum (giorno/ghjornu)), peut-être est-ce le même phénomène ?

Antoine Toma a dit…

Merci d''avoir pris en compte mon commentaire. Vos deux réponses sont très éclairantes et m'amènent à la réflexion suivante (un peu longue !).
Je suis persuadé depuis le début de mon apprentissage du corse, mais sans pouvoir encore le démontrer, que les fameux sons /thj/ et /dhj/ (que j'écris toujours avec le h car il faut bien noter le souffle) représentés par les graphies "chj" et "ghj" sont des survivants de la prononciation des graphies "ti" et "di" latines.

L'exemple que vous donnez "diurnum" (de jour) utilisé pour dire "jour" est typique. En supposant qu'il ait été prononcé /dhj'urnum/, l'italien a renforcé le /dhj/ en /dʒj/, le m de la dernière syllabe inaccentuée est classiquement tombé et le son/u/ est devenu moins postérieur pour être moins sourd, ce qui a donné le son /o/ (fermé). On obtient au final /'dʒjɔrno/ (giorno), le /ɔ/ étant préféré au /o/ pour les syllabes accentuées.

Le corse lui est resté plus proche du latin, en particulier le cortenais car seul les romains ont été assez puissants pour pénétrer le centre de l'île et la langue n'a pas pu jusqu'à un passé récent évoluer du fait des difficultés de transport d'une zone à l'autre (pardon pour ce raccourci historique un peu bref !).
Donc la prononciation est restée
/djh'urnu/ (je mets toujours l'accent devant le son vocalique en corse, "il pane" → /il'panɛ/ vs "u pane" /ub'ãnɛ/).
La transcription graphique récente (années 70) en "ghj", parfois contestée, est à mon avis bonne car il vaut mieux se rapprocher de la graphie italienne "gi" de "giorno" que de la graphie française "di" de diurne.

Le fait que des mots latins comme "jejunus" aient pu donner "digiuno" en italien n'est donc pas étonnant. La prononciation devait être /djedhj'unus/, mais les scribes de l'époque ont choisi de privilégier la lettre /j/ pour les deux syllabes. La deuxième syllabe étant accentuée, le /dhj/ est devenu par renforcement comme on l'a vu /dʒj/ écrit "gi/, alors que la première étant inaccentuée, le /j/ qui est un son fort a sauté et il n'est resté des sons /dje/ que le son /d/ suivi de /e/ en français et de /i/ en italien et en corse, le son /e/ devenant classiquement /i/ lorsqu'il n'est pas accentué (alternance vocalique "beiu → biimu , perdu → pirdimu" , etc).

Ce qui explique donc "digiuno" en italien et "dighjunu" en corse pour "jeûne" /ʒœn/ en français, qui lui a compressé les deux syllabes de /djedhj'unus/ en une seule, la syllabe /-nus/ étant réduite à sa plus simple expression /-n/et choisi le son /ʒ/ pour /dj/. Ne dit-on pas d'ailleurs un djeuns [dʒœns] dans les banlieues (https://www.dictionnairedelazone.fr/dictionary/definition/djeuns), souvenir du /d/ latin ?

La clé était donc de comprendre que le sons /dhj/ était soit rendu en latin par la graphie "di" comme dans "diurnum", soit par la graphie "j+voyelle" comme dans "jejunus". Il reste à étudier si ce phénomène se retrouve dans d'autres mots !
Chì ne pensate ?
Antoine

aCiaccera a dit…

Bonghjornu,

Avete a ragiò, sò d'accunsentu cun voi.

D'autre part je suis très intéressée par le H que vous intercalez entre D et J pour rendre la trinaire au son [dy] (ou entre T et J pour [ty]). Dans mes publications j'employais majoritairement la phonétique "simplifiée", car tout le monde -malheureusement- ne comprend pas l'API, et je mettais un Y pour tenter d'éveiller au fait qu'il ne s'agit pas d'un simple "ti", mais bien d'un son plus complexe...
Mais je ne crois pas que cela éveillait grand chose, en fait :)
Ici vous m'enseignez comment rendre ce son plus proche de sa réalité à l'écrit en API (car les lettres dédiées [ɟ] (occlusive palatale voisée)et [c] (occlusive palatale sourde) semblent incompréhensibles à tous (surtout le [c] qui se confond visuellement trop facilement avec le C français)).
Je vous remercie donc chaleureusement de cet enseignement.

Je ne suis pas du tout à la hauteur en linguistique et ne peux en dire plus sur le sujet... Grâce à vous j'apprends beaucoup !

J'avais commencé des recherches pour comprendre quand le J est devenu définitivement I en corse (Ottavj > Ottavi), une amie signe toujours ses messages d'un "basgj" et cela m'interpelle. J'avais fini par abandonner en me disant que les langues évoluent, et que parfois on ne comprend pas bien quand ni pourquoi, en tout cas moi :)

Merci à vous pour cette enrichissante discussion.
À très bientôt j'espère.
Stéphanie.

Antoine Toma a dit…

Merci Stéphanie pour vos compliments mais je crois vraiment que vous êtes à la hauteur. Quelle formation avez-vous ? Vous travaillez avec rigueur et le caractère très didactique de vos publications est indéniable.
Je ne sais pas si c'est possible mais ce serait mieux si je pouvais communiquer avec vous par votre adresse mél car cette zone d'écriture est petite et ne permet aucun formatage comme la variation de taille de la police pour indiquer les variations d'intensité sonore et puis je ne peux pas vous envoyer d'articles.
En tout cas je suis déjà ravi de nos derniers échanges !
Antoine

aCiaccera a dit…

Merci à vous !
Ma formation ? ou plutôt mon absence de formation, mon drame... La dernière année vraiment suivie fut une troisième (même si j'ai fait une apparition en seconde, pour la gloire), puis vie active, très active... Mes seules "études" ont été d'apprendre, seule ou en cours du soir, l'anglais et le japonais. J'ai passé mon bac en fin de trentaine ! Mais j'ai toujours beaucoup lu; c'est d'ailleurs une lecture qui m'a ouvert les yeux sur ce qui manquait à ma vie et amenée à me réapproprier ma culture et ma langue...
Bon, vous avez raison, nous devrions continuer cette discussion par courriel, voici mon adresse : fantesia@hotmail.fr (ne vous formalisez pas du temps de réponse un peu long, je ne l'ouvre pas tous les jours, je suis en désintoxication d'Internet :)
Moi aussi je suis ravie de ces échanges !
À prestu !